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Cannabis médical : 14 associations interpellent Lecornu 2026

Porté par la vente en ligne et l’ouverture de nouvelles enseignes, le secteur affiche sa meilleure année depuis la légalisation de la commercialisation.

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Cannabis médical
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Trois ans après le vote de la loi, le cannabis médical n’existe toujours que sur le papier en France. Le 15 septembre 2026, quatorze associations de patients ont adressé une lettre ouverte à Sébastien Lecornu pour exiger la publication des décrets qui bloquent tout. Chez 420Times, on le dit sans détour : ce dossier n’est plus un débat de santé publique, c’est un problème de volonté politique.

Les faits : une lettre ouverte et un calendrier qui explose

La lettre, intitulée « Cannabis médical : 100 000 patients ne peuvent plus attendre », a été révélée par Le Parisien mi-septembre. Elle est signée par quatorze associations, parmi lesquelles l’Alliance Maladies Rares, France Sclérose en Plaques, l’AFVD (Association Francophone Vaincre la douleur), APAISER S&C, Algodystrophie France, l’Association Huntington France ou encore CThérapeutique, qui regroupe les patients inclus dans l’expérimentation.

Le déclencheur est précis. La Haute Autorité de santé (HAS) devait auditionner les acteurs du dossier les 20 et 21 octobre 2026 pour évaluer les médicaments à base de cannabis, étape indispensable avant toute décision de remboursement.

Ces auditions sont reportées, faute du décret qui permet à la Commission de la transparence de poursuivre son travail. Selon les associations, c’est déjà le deuxième report en 2026, après celui de février.

Ce report n’est pas un simple contretemps administratif. Il compromet une nouvelle fois l’application du dispositif adopté par le Parlement en décembre 2023 et menace désormais le calendrier présenté aux associations de patients, qui prévoyait une mise à disposition de ces médicaments en janvier 2027.
— Lettre ouverte des quatorze associations de patients au Premier ministre, 15 septembre 2026

Les signataires formulent trois demandes : la publication sans délai du décret d’application et de ses arrêtés, examinés par le Conseil d’État dès juillet 2025 ; la publication du décret qui débloque la Commission de la transparence ; et un calendrier officiel fixant les textes restants, la date de fin des travaux de la HAS et celle des premières prescriptions.

Chronologie : cinq ans et demi de reports

Pour comprendre la colère des patients, il faut remonter le fil.

  • Mars 2021 : lancement de l’expérimentation du cannabis médical, pilotée par l’ANSM, pour cinq indications (douleurs neuropathiques réfractaires, certaines épilepsies pharmacorésistantes, symptômes rebelles en oncologie, situations palliatives, spasticité douloureuse).
  • Décembre 2023 : la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024 crée un statut pérenne. Les médicaments à base de cannabis recevront une autorisation de l’ANSM valable cinq ans, renouvelable.
  • 31 décembre 2024 : fin officielle de l’expérimentation. Les patients déjà traités entrent dans une période transitoire, prolongée depuis à plusieurs reprises.
  • 19 mars 2025 : les textes réglementaires sont notifiés à la Commission européenne, comme l’indique la à un député, en juillet 2025, qui promettait alors une publication « dans les prochains mois ».
  • Juillet 2025 : le Conseil d’État examine le décret d’application et ses arrêtés.
  • 30 juin 2026 : le gouvernement assure devant le Sénat que le décret sur la prise en charge est signé et validé par Bercy ; il est transmis au Conseil d’État début juillet.
  • Septembre 2026 : les auditions de la HAS sont reportées. Les associations écrivent à Matignon.

Plusieurs ministres de la Santé se sont succédé depuis le vote de la loi, et chacun a repris le dossier là où l’autre l’avait laissé, c’est-à-dire nulle part. Dans le même temps, la réglementation du CBD en France a fini par se stabiliser, ce qui montre que l’administration sait trancher quand elle le veut.

Ce que l’expérimentation a démontré

Le point le plus agaçant de cette histoire, c’est que les données existent. D’après le 3 164 patients ont été inclus dans l’expérimentation depuis 2021, et 1 650 étaient encore suivis au 31 juillet 2025. Les douleurs neuropathiques réfractaires représentent à elles seules 60 % des inclusions, loin devant la spasticité liée à la sclérose en plaques (15 %) et l’épilepsie (9 %).

Côté sécurité, l’ANSM recense 90 cas graves sur l’ensemble des patients inclus, soit 2,8 %, principalement des effets neurologiques, psychiatriques ou digestifs, et aucun cas d’addiction signalé. Plus de 2 150 médecins et pharmaciens ont été formés au dispositif. Le bilan rendu public en juin 2026 confirme une réduction du recours aux antidouleurs, réelle mais limitée.

Autrement dit, la France dispose d’une base clinique, de prescripteurs formés et d’un circuit de dispensation testé. Il manque la signature d’un décret.

Ce que ça change concrètement

Pour les patients encore sous traitement

Pour les patients encore sous traitement
Pour les patients encore sous traitement

Ils sont aujourd’hui environ 700, selon le dernier décompte de l’ANSM fin 2024, à vivre dans une période transitoire reconduite par petits bouts. À chaque échéance, la même angoisse : le traitement va-t-il s’arrêter ? Cyril Chappes, président de CThérapeutique, parle dans la presse d’une « épée de Damoclès au-dessus de la tête », et le terme n’est pas exagéré pour des personnes en impasse thérapeutique.

Pour les 100 000 patients potentiels

Le chiffre de 100 000 patients est une estimation des associations, basée sur les cinq indications retenues. Il n’a pas été validé par une étude officielle, mais il donne l’ordre de grandeur de la population concernée : des malades pour qui les traitements classiques ne fonctionnent plus. Pour eux, l’alternative, c’est le circuit parallèle.

Faute d’accès légal et sécurisé, certains patients peuvent être tentés de se tourner vers des circuits clandestins, sans garantie sur les produits ni accompagnement médical.
— Lettre ouverte des quatorze associations de patients au Premier ministre, 15 septembre 2026

Pour les professionnels et les boutiques CBD

Pour les professionnels et les boutiques CBD
Pour les professionnels et les boutiques CBD

Soyons clairs : le cannabis médical et le CBD vendu en boutique n’ont rien à voir. Les produits CBD légaux contiennent moins de 0,3 % de THC et ne sont pas des médicaments.

Mais le flou politique sur le cannabis médical entretient la confusion dans l’esprit du public, et ce sont souvent les vendeurs de CBD qui se retrouvent à répondre à des questions qui relèvent d’un médecin. Ce n’est ni leur rôle ni leur compétence, et nous le rappelons régulièrement dans nos actualités.

Et chez nos voisins ?

La comparaison fait mal. L’Allemagne rembourse le cannabis médical depuis mars 2017 et compte plusieurs centaines de milliers de patients traités. Les Pays-Bas disposent d’un bureau gouvernemental dédié depuis 2003. L’Italie autorise la prescription depuis 2007, avec une production publique confiée à l’armée. Le Royaume-Uni a ouvert la voie en 2018, avec un accès encore très majoritairement privé.

La France, elle, a lancé l’une des expérimentations les plus rigoureuses d’Europe, puis a laissé le dossier s’enliser au stade administratif. Nous sommes le seul grand pays européen à avoir voté un cadre pérenne sans jamais l’appliquer.

Notre avis : un blocage politique, pas sanitaire

Chez 420Times, on ne va pas tourner autour du pot. Les arguments sanitaires ont été épuisés : l’expérimentation a eu lieu, les indications sont fixées, les prescripteurs sont formés, le Conseil d’État a fait son travail. Ce qui bloque aujourd’hui, c’est la peur du mot « cannabis » à l’approche des élections de 2027, et les associations le disent elles-mêmes quand elles refusent que le dossier soit « différé, suspendu ou abandonné » au gré du calendrier politique.

Nous pensons que le gouvernement Lecornu a une occasion simple de montrer que l’État tient ses engagements : publier deux décrets qui sont déjà rédigés, déjà relus, déjà validés. Chaque mois de retard supplémentaire se mesure en nuits sans sommeil pour des gens en fin de vie ou en douleur chronique. Il n’y a pas de bonne raison d’attendre.

Si janvier 2027 est tenu, la France aura mis près de six ans à passer de l’expérimentation au médicament. Si la date glisse encore, le sujet partira dans la campagne présidentielle, et on sait ce que ça veut dire : un nouveau départ à zéro.

FAQ

Le cannabis médical est-il légal en France en 2026 ?

Oui, dans son principe. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024 a créé un statut de médicament à base de cannabis, autorisé par l’ANSM pour cinq ans renouvelables. Mais sans décrets d’application, aucun médicament ne peut encore être prescrit en dehors de la période transitoire réservée aux patients de l’expérimentation.

Qui pourra bénéficier du cannabis médical ?

Les cinq indications retenues sont les douleurs neuropathiques réfractaires, certaines épilepsies pharmacorésistantes sévères, les symptômes rebelles liés au cancer ou à ses traitements, les situations palliatives et la spasticité douloureuse, notamment dans la sclérose en plaques. La prescription sera réservée aux patients en impasse thérapeutique.

Quand le cannabis médical sera-t-il disponible ?

Le calendrier présenté aux associations prévoyait une mise à disposition en janvier 2027, après évaluation par la HAS. Avec le report des auditions d’octobre 2026, cette date est menacée. Tout dépend désormais de la publication des décrets par le gouvernement.

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